
Il y a une société qui est en train de changer. En France, le travail précaire représente 20% des salariés. En Angleterre, c’est déjà 35%. On est en train de s’acheminer vers ça. Et à la fin, on fait comme si on ne le voyait pas. Et c’est cette invisibilité à tous les niveaux qui m’est apparue importante de raconter. Ça n’apparaît pas dans le débat social, ça n’apparaît pas dans les statistiques. Une entreprise ferme, on dit : 220 salariés se retrouvent à la porte Mais déjà, on ne compte pas les femmes de ménage externalisées. On ne compte pas les intérimaires, tous les boulots autour, tout ça n’existe pas.
Et tout à fait à l’autre bout de la chaîne, quand vous êtes femme de ménage, la principale qualité qu’on vous demande c’est d’être invisible Si on veut vraiment dire à votre patron que vous avez fait du bon travail, on dira : » C’est formidable ! On ne l’a pas vue, pas entendue, elle a fait son boulot ! » C’est la première chose que je voulais combattre.
Ce qu’il y a de particulier dans la précarité d’aujourd’hui, c’est qu’on en est à la fois les complices … et les victimes elles-mêmes sont aussi complices. Dès lors que vous gagnez peu d’argent, évidemment vous avez intérêt à aller acheter votre baguette à l’hypermarché, où elle coûte 35 centimes plutôt que chez le boulanger où elle coûte un euro. Donc, vous allez à l’inter marché et vous faites tourner la précarité comme une sorte de cercle vicieux.
Je crois qu’il y a une réflexion en commun à avoir où chacun à sa place se dit « Est-ce vers cette société qu’on a envie d’aller ? Comment prendre les choses, comment les exposer ? »